Hébergement
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Soutenir et faciliter l'adaptation des aînés et de leurs aidants dans la transition en hébergement - Entrevue avec une travailleuse sociale

Depuis 15 ans, Nathalie Renaud, travailleuse sociale, s’assure que les aînés et leurs personnes proches aidantes vivent la transition en hébergement le plus sereinement possible. Elle œuvre à tisser des liens de confiance, afin de démystifier les craintes et appréhensions souvent associées à l’hébergement d’une personne aînée.


Quelle est votre fonction en tant que travailleuse sociale en hébergement?

Peu de temps après l’admission de la personne nouvellement hébergée, je fais une rencontre d’accueil avec cette personne (si elle est en mesure d’y participer) et ses proches. Le but est de faciliter l’intégration en donnant de l’information sur le nouveau milieu de vie, les services et les soins offerts, ainsi que les personnes-ressources dans l’établissement. J’utilise aussi un questionnaire, que l’on appelle
« L’histoire de vie » : c’est un outil qui me permet de connaître la personne hébergée, ses habitudes. L’objectif est de mieux la comprendre, afin de personnaliser mon approche en fonction de son parcours de vie. J’ai un rôle de facilitateur entre cette personne, ses proches et son nouveau milieu de vie. Il est important pour moi que les personnes proches aidantes sentent qu’elles font partie du processus. Je les inclus dans toutes mes discussions et tous mes échanges. Si la personne proche aidante s’adapte bien à la situation, cela pourrait avoir une influence positive sur son aidé et inversement. Je m’assure également de déceler rapidement les difficultés inhérentes au processus d’hébergement. Souvent, les personnes proches aidantes ont du mal à accepter les pertes cognitives ou la fragilité de leur aidé. Elles se sentent aussi coupables, se disent que c’est de leur faute si leur aidé doit être hébergé. Ce dernier peut, quant à lui, ressentir de l’injustice, de la colère face à ce changement. Il faut prendre le temps d’expliquer cette étape aux aidants comme aux personnes hébergées, de les rassurer le plus possible et de les informer. Il est indispensable que tout le monde se sente en confiance. Il faut aussi savoir que l’intégration au nouveau milieu peut prendre plusieurs mois.

Une fois la demande d’hébergement acceptée, de combien de temps la personne aînée dispose-t-elle pour prendre sa décision? Pour déménager?

Le délai est très court; on parle ici de 24 heures. En revanche, le délai entre l’envoi de la demande et l’obtention d’une place peut être de 6 à 12 mois, et parfois plus selon les régions. Cette période d’attente – bien que longue - se révèle utile pour organiser le déménagement et s’assurer que la décision est toujours valable, pour l’aidant comme pour l’aidé.

Lors des transitions en hébergement, quelles sont les réticences ou craintes observées chez les personnes proches aidantes et chez les aînés? Comment les rassurez-vous ?

Pour les personnes proches aidantes, la principale crainte est la capacité d’adaptation de leur aidé. Elles ont peur qu’il s’ennuie, qu’il ne s’habitue pas à son nouvel environnement. Je continue de les rassurer et de les informer, de prendre le temps de leur expliquer l’ensemble des mesures et des services (loisirs, soins, etc.) mis en place afin d’améliorer le bien-être de leur proche dans son quotidien.

Les réticences se manifestent davantage sur le plan des soins à prodiguer : les aidants veulent être certains que les soins seront donnés avec bienveillance. Dans ce type de situation, le personnel interdisciplinaire de l’établissement et moi-même travaillons en partenariat avec la personne proche aidante dans la recherche de solutions, notamment en l’invitant à participer aux prises de décision. Dans certains cas, la personne proche aidante peut aussi participer aux soins si elle le désire, et si la nature du soin et l’état de l’aidé le permettent.

Comment la personne proche aidante peut-elle contribuer à l’adaptation en hébergement? Comment l’intégrez-vous dans vos démarches?

Le personnel et moi-même donnons aux personnes proches aidantes la possibilité de participer activement aux prises de décision. On examine avec eux leurs idées et suggestions, et la discussion reste ouverte sur la façon de donner les soins. Cela dit, il est important d’évaluer leurs limites : les personnes proches aidantes sont souvent fatiguées et ne le perçoivent pas. Je les aide alors à établir leurs limites; je les rassure sur la façon dont leur aidé va être pris en charge. On travaille à instaurer un climat de confiance pour permettre à la personne proche aidante de prendre du temps pour elle, ce qu’elle oublie trop souvent. Cela aura souvent un effet positif sur son interaction avec son proche et l’aidera à mieux accepter l’hébergement de celui-ci.

Existe-t-il des plans d’action ou de soutien pour aider la personne proche aidante à mieux vivre l’hébergement de son aidé?

Il existe effectivement du soutien personnalisé qui offre un suivi à court ou moyen terme. La transition en hébergement peut, dans certaines situations, faire ressortir d’autres questions qui ne sont pas réglées. Selon la nature des difficultés, je peux rediriger les personnes proches aidantes vers les ressources appropriées, qui continueront de les soutenir et de les informer.

Qui peut se prévaloir de vos services? Comment peut-on vous rencontrer?

Tout le monde peut bénéficier de mes services, il n’y a pas d’ordre ou de priorité qui sont établis. Parfois, les personnes proches aidantes communiquent avec moi directement ou bien c’est leur intervenant du CLSC qui les oriente vers moi. Elles ont beaucoup de questions concernant les différentes structures d’hébergement existantes. Elles veulent savoir laquelle conviendrait mieux à leur aidé, si elles peuvent les visiter. J’essaie d’être le plus disponible possible, de leur donner l’aide dont elles ont besoin pour comprendre cette étape et la rendre plus facile, pour elles comme pour leur aidé.

Présentation

Nathalie Renaud exerce la profession de travailleuse sociale depuis 2003, dans différents milieux à l’intérieur du réseau de la santé, essentiellement auprès de la clientèle des personnes âgées et des adultes en perte d’autonomie. Depuis 2013, elle œuvre au CHSLD de la Côte Boisée. L’un de ses rôles principaux est d’accueillir et d’accompagner les nouveaux résidents et leurs proches dans leur processus d’adaptation et d’intégration.