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Usure de compassion : jusqu’où aller sans se brûler?

Le 25 mai 2018

L’usure de compassion se définit comme une profonde érosion émotionnelle et physique qui prend place lorsque les personnes qui aident ne sont plus capables de se régénérer et de se ressourcer. Cet état, Madeleine Fortier l’a bien connu.


Madeleine Fortier, auteure de Usure de compassion, nous raconte son histoire et nous explique ce qui l’a mené à écrire son livre et développer des formations pour sensibiliser les proches aidants et les intervenants à l’usure de compassion et les aider à s’en protéger.

 
En 25 ans de vie commune avec mon conjoint, j’ai été proche aidante pendant près de 12 ans. 

Durant tout ce temps, je m’occupais de nos deux enfants et de l’entreprise que nous avions fondée, en plus des multiples visites aux médecins et des séjours à l’hôpital. Et toute la vie courante qu’il faut organiser sans avoir le temps de penser à soi!

D’abord lorsqu’une cardiomyopathie s’est déclarée, l’année même de la naissance de notre deuxième enfant; quatre ans plus tard, mon conjoint devait subir une transplantation cardiaque. Puis le cancer s’est attaqué à ses poumons et a rapidement dégénéré, jusqu’à sa mort en 2003.

Une fois le cancer diagnostiqué, tout fut à la fois rapide, suspendu dans le temps et très intense. 

 
Lorsque mon fils de 12 ans me demandait : « Maman, est-ce que papa va mourir? », je ne savais pas quoi répondre. Ni comment répondre. La mort n’était pas une chose que j’envisageais, à laquelle je voulais penser. Je l’occultais. J’étais dans l’action pour ne pas penser. Courir partout, s’occuper de tout. Je carburais à l’adrénaline, à pleine vapeur.

À l’époque, je ne savais pas que j’étais proche aidante, je ne connaissais même pas ce mot. Je me contentais de vivre au jour le jour, sans trop savoir ce qui m’attendait, sans penser au lendemain.

  

Mon rôle de proche aidante, je l’ai donc endossé sans le savoir, de façon tout à fait naturelle. Il était clair pour moi que je devais accompagner mon conjoint dans la maladie. Je devais m’en occuper, point à la ligne. Jamais je ne m’étais posé la question à savoir si oui ou non j’étais capable de passer au travers!

Mais c’est un rôle extrêmement épuisant. Lorsque l’autre a moins besoin de notre aide ou qu’il n’est simplement plus là, c’est là que cela devient dangereux. C’est après la mort de mon conjoint que je suis tombée en morceaux, littéralement, dans tous les sens du mot. Plus rien ne pouvait apaiser ma douleur. Cela a duré longtemps. J’étais usée par des années et des années comme proche aidante.

Ensuite je me suis reconstruite tranquillement. J’ai repris ma vie en main, j’ai démarré une nouvelle entreprise. J’ai même été travailler quelques années dans un organisme en employabilité. 

 Mon rôle de proche aidante, je l’ai donc endossé sans le savoir, de façon tout à fait naturelle. Il était clair pour moi que je devais accompagner mon conjoint dans la maladie. Je devais m’en occuper, point à la ligne. Jamais je ne m’étais posé la question à savoir si oui ou non j’étais capable de passer au travers!      

Là, cependant, je me suis retrouvée pour la première fois de ma vie avec une clientèle très éloignée du marché du travail. Je travaillais fort, mais sans obtenir les résultats escomptés. Je voulais plus que mes clients! J’ai commencé à développer un fort sentiment d’impuissance et à vivre des changements de comportement  - irritabilité, colère, tristesse, et divers malaises physiques.

J’avais parallèlement entrepris une formation en santé mentale, pour pouvoir mieux comprendre et aider certains de mes clients. En faisant un travail de recherche sur les liens entre le travail et la santé mentale, j’ai découvert des textes sur l’usure de compassion. Et c’est là que j’ai compris ce que je vivais et ce que j’avais vécu également, auparavant, comme proche aidante.

J’ai compris que l’usure de compassion est cet épuisement extrême, psychologique, physique et émotionnel que j’avais déjà vécu comme proche aidante et que j’étais en train de revivre comme conseillère. L’usure de compassion naît de la volonté de prendre sur soi la souffrance de l’autre, cette sympathie, cette identification qui peut se produire lorsqu’on est très engagé dans notre rôle d’aidant.

Je me suis aussi rendu compte que l’on parlait très peu de l’usure de compassion à l’époque. J’ai alors créé des formations spécifiques pour les proches aidants, les bénévoles et les intervenants afin de les sensibiliser à l’usure de compassion et les aider à s’en protéger.

Les personnes que j’ai formées, ainsi que 19 intervenants, proches aidants et bénévoles que j’ai interviewés, m’ont apporté des témoignages très riches que j’ai voulu partager avec le plus de gens possible. Je crois que l’usure de compassion est quelque chose qui nous guette tous, à partir du moment où on aide les autres, que cela soit à titre personnel ou professionnel, et que l’on s’y engage totalement.  
 


En savoir plus sur le livre et comment se le procurer : 
https://www.accent-carriere.com/usure-de-compassion-jusqu-ou-aller-sans-se-bruler.html

Le livre a été lancé à Sherbrooke (8 mai) et Montréal (26 mai). Il sera également lancé à St-Jérôme (9 juin) et St-Hubert (13 juin).

 

En savoir plus sur les conférences et formations sur l’usure de compassion pour les proches aidants, bénévoles et intervenants : https://www.accent-carriere.com/formations-sur-mesure-pour-entreprises-et-organismes/usure-de-compassion-jusqu-ou-aller-sans-se-bruler.html