Comme toutes les personnes proches aidantes, celles issues de l’immigration peuvent voir leur vie professionnelle, leur santé et leur réseau social fragilisés. Mais à ces défis s’ajoutent d’autres facteurs, particulièrement pour les personnes nouvellement arrivées au Québec.
« Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il existe des facteurs qui complexifient cette expérience pour les personnes immigrantes », explique Marie-Ève Samson, chargée de projet en proche aidance à l’Institut universitaire Sherpa du CIUSSS Centre-Ouest-de-l’île-de-Montréal dont la mission est notamment de mener des recherches sur les différents aspects de la proche aidance chez les personnes issues de l’immigration et de la diversité ethnoculturelle. L’Institut universitaire Sherpa travaille également à améliorer les pratiques, ainsi qu’à favoriser un meilleur accès aux ressources et aux services au sein du réseau de la santé et des services sociaux pour la santé et le bien-être des personnes immigrantes.
Comme les histoires de proche aidance, chaque histoire d’immigration est unique. Dans certains cas, l’immigration se fait de manière bousculée, particulièrement pour les personnes qui doivent fuir rapidement leur pays d’origine. D’autres fois, il s’agit d’un projet planifié qui peut malgré tout apporter son lot de stress. « Mais même si l’immigration est planifiée, ça demande un ajustement au niveau de l’emploi », rappelle-t-elle. « Ça peut être long avant de faire reconnaître ses diplômes et certains ne l’auront jamais et devront plutôt occuper des emplois beaucoup plus précaires que ce qu’ils ont comme qualifications. »
Il y a aussi la question du cercle social. À leur arrivée au Québec en 2014, Jean-Pierre Perouma et sa famille ont été accueillis à bras ouverts par ceux qu’ils appellent maintenant leurs grands-parents d’adoption. « Moi, c’est Mamie Fernande », a déclaré leur grand-mère rimouskoise en leur servant le déjeuner le matin de leur arrivée. Malgré ses liens tissés, Jean-Pierre, comme beaucoup d’immigrants, a ressenti les effets d’un cercle social réduit. « On est hyper isolés dans la maladie. Encore plus quand on est immigrant en région. »
Les personnes immigrantes représentent 15% de la population au Québec. Une étude canadienne recense qu’une personne proche aidante sur 5 est immigrante et qu’une personne proche aidante sur 4 est une personne racisée (CCEA, 2024). Si les proches aidants issus de l’immigration sont si nombreux, explique Marie-Ève Samson, c’est en partie parce que leur entourage est plus petit au Québec et qu’ils ont moins de gens avec qui partager cette responsabilité. C’est aussi parce qu’il leur est parfois plus difficile d’obtenir des services. Ceci est d’autant plus vrai pour les personnes d’immigration récente.
Pendant les cinq difficiles années de maladie de sa conjointe, Jean-Pierre a eu la chance de trouver du soutien et de l’écoute auprès d’un cercle de paroles d’hommes. Marie-Ève Samson fait toutefois remarquer qu’il est souvent difficile pour les personnes immigrantes ou issues de la diversité de trouver des services et d’accéder à de l’aide.