La campagne électorale québécoise se joue d’abord sur l’économie et le coût de la vie. Ce sont des préoccupations légitimes, qui touchent le quotidien des ménages. La santé n’est jamais loin derrière. Or, au cœur des enjeux de santé et de soutien à domicile, il y a aussi la réalité des personnes proches aidantes.
Bien qu’elle touche toutes les régions du Québec, la proche aidance demeure encore trop peu présente dans la campagne.
La plupart des coups de sonde situent, par ailleurs, la santé et les services sociaux en haut des préoccupations des Québécois. Les formations politiques y ont répondu par des engagements.
Le soutien à domicile revient dans plusieurs d’entre eux. C’est une bonne nouvelle pour les personnes qui souhaitent vieillir chez elles, partout au Québec.
Ces engagements visent d’abord les personnes qui vivent avec une maladie ou une perte d’autonomie. Les personnes proches aidantes soutiennent un parent vieillissant, mais aussi un conjoint, un enfant ou un ami, à tout âge. Les engagements ne disent rien d’elles, alors qu’ils les touchent directement, peu importe la région où elles vivent.
Plus d’un Québécois sur quatre est concerné
Au Québec, 27 % des personnes de 15 ans et plus sont des personnes proches aidantes. Cela représente environ 2,1 millions de personnes réparties dans toutes les régions du Québec, selon les données de l’Institut de la statistique du Québec publiées en juin 2026.
Ces chiffres ne disent pas tout. Derrière chaque personne proche aidante, il y a une famille, des collègues, des voisins. Leur quotidien est touché lui aussi par les responsabilités liées à l’accompagnement.
Chaque jour, ces personnes assurent une présence. Elles accompagnent un proche à ses rendez-vous, coordonnent des services, veillent à sa sécurité. Elles accomplissent les gestes qui permettent souvent à quelqu’un de demeurer plus longtemps à domicile.
Ce rôle reste peu visible. Il représente des heures d’accompagnement, mais aussi des choix difficiles. Il entraîne des absences au travail, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. Il suppose parfois des responsabilités financières et une charge émotionnelle importante.
Ce manque de visibilité commence souvent chez la personne elle-même. Moins d’une personne proche aidante sur deux se reconnaît comme telle, selon la même enquête. Il est difficile de chercher du soutien pour un rôle qu’on ne se reconnaît pas. Et encore, faut-il savoir vers quelles ressources se tourner, qu’on vive dans un grand centre ou ailleurs au Québec.
Un enjeu qui prendra de l’ampleur
Avec le vieillissement de la population québécoise, les besoins en soins et en accompagnement augmenteront. Les personnes proches aidantes seront au centre de cette transformation. Déjà, 71 % d’entre elles soutiennent au moins une personne de 65 ans ou plus, selon la même source.
La proche aidance doit donc être considérée pour ce qu’elle est, soit un enjeu de santé publique qui nous concerne tous.
Accompagner un proche peut avoir des répercussions sur la santé physique et psychologique. Cela touche aussi la vie familiale, les finances et le parcours professionnel.
Soutenir les personnes proches aidantes au bon moment, c’est aussi agir en prévention. C’est renforcer la capacité de notre société à prendre soin des personnes les plus vulnérables. C’est également s’assurer que l’accès à l’information, au répit et aux ressources ne dépende pas de la région où une personne habite.
En 2020, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité la première loi visant à reconnaître et à soutenir les personnes proches aidantes. Cette reconnaissance appartient à tous les partis.
À 19 jours du scrutin, nous invitons les candidates, les candidats et les formations politiques à intégrer la proche aidance à leurs réflexions. Cela vaut pour la santé, les services sociaux, le vieillissement, le soutien à domicile et l’accompagnement des familles, avec une attention particulière à l’accès aux services dans toutes les régions du Québec.
Une campagne électorale sert aussi à faire émerger des idées. Il y a place, dans celle-ci, pour une réflexion sur la manière de soutenir celles et ceux qui prennent soin d’un proche, où qu’ils vivent au Québec.
Guillaume Joseph, Directeur général, L'Appui pour les proches aidants
Joël Paré-Julien, Directeur général, Fondation de la Fédération des médecins spécialistes du Québec