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La psychothérapie en contexte de proche aidance: à quoi s’attendre?

Le 27 janvier 2021

Dans le cadre du Mois de la psychologie, l’Appui a discuté avec Catherine Séguin-Green et Marie-Ève Gingras, conseillères au service Info-aidant et doctorantes de quatrième année en psychologie à l’UQAM.


Dans cette entrevue, Catherine Séguin-Green et Marie-Ève Gingras démystifient la psychothérapie. Toutefois, précisons d’entrée de jeu qu’Info-aidant est un service professionnel, confidentiel et gratuit d’écoute, de référence et d’information. Ses conseillères et ses conseillers n’offrent pas de psychothérapie, bien qu’ils possèdent une expertise en relation d’aide.

L'Appui : Qu’est-ce que la psychothérapie?

Catherine :

La psychothérapie, c’est un processus thérapeutique qui offre entre autres à la personne qui la suit un espace pour se déployer, ventiler, élargir des réflexions, se poser des questions et obtenir du soutien avec l’aide d’un psychologue. Il s’agit d’un espace que la personne n’a pas nécessairement dans sa vie personnelle.

Marie-Ève :

La notion de changement est au cœur même de la psychothérapie. Le site de l’Ordre des psychologues du Québec en présente une définition plus détaillée.

L'Appui : Est-il possible de choisir son psychologue?

Marie-Ève :

Oui, c’est important de dire qu’un psychologue, ça se choisit. Un arrimage doit se faire entre le psychologue et la personne qui consulte. Il faut être attentif à ce que nous ressentons lorsque nous rencontrons le psychologue qui nous reçoit :

  • Est-ce que nous nous sentons suffisamment à l’aise pour nous imaginer explorer certaines sphères de notre vécu, de notre expérience?
  • Est-ce que l’approche du psychothérapeute nous convient?
  • Est-ce que sa façon d’être et sa façon de se présenter nous conviennent?

Ce sont des éléments essentiels et souvent méconnus du grand public.

Catherine :

En effet, le processus thérapeutique se base sur une coconstruction à deux, donc entre le psychologue et la personne qui consulte. La personne se présente généralement avec des difficultés, des problématiques ou encore des questionnements qu’elle souhaite aborder avec le psychologue. Ce processus permet aussi de mettre en lumière certains enjeux qui, bien que vécus par la personne, peuvent lui échapper. Ils sont explorés dans un espace qui se veut sécuritaire, empreint d’ouverture et de bienveillance. D’où la nécessité de s’assurer que le « fit » avec le psychologue nous convient, comme Marie-Ève l’a expliqué. L’expression suivante, qui nous a été transmise par un professeur du Département de psychologie de l’UQAM, l’illustre bien : « Un psychologue, c’est comme une paire de chaussures. Tant que tu n’es pas confortable, il est préférable de changer. »

Avoir la certitude d’être en présence d’un professionnel bienveillant ne signifie pas que nous ne vivrons pas d’émotions négatives envers notre psychologue, comme de la colère ou de la déception. Il serait illusoire de croire que tout au long de la psychothérapie, notre opinion du psychologue demeurera inaltérée. Encore une fois, il s’agit de deux humains qui interagissent ensemble. Il peut y avoir des incompréhensions ou des perspectives différentes, d’où l’importance de prendre le temps de nommer ces perceptions et de se réajuster pour pouvoir continuer ensemble le travail thérapeutique.

L'Appui : Quand faut-il aller chercher de l’aide?

Marie-Ève :

Plusieurs signes peuvent indiquer qu’il est important d’aller chercher de l’aide. Ceux-ci varient d’un individu à l’autre. Les difficultés suivantes sont des indicateurs :

  • Avoir l’impression que les choses ne fonctionnent plus pour nous;
  • Ressentir un sentiment d’épuisement;
  • Ne pas comprendre comment nous nous sommes retrouvé dans une certaine situation;
  • Ne plus avoir l’impression de se reconnaître;
  • Déceler des incohérences dans notre fonctionnement habituel;
  • Ne plus se sentir en contact avec nous-même.

Attention, ces exemples n’incluent pas les crises suicidaires. Celles-ci appartiennent à un autre registre et demandent du soutien immédiat. La personne ressentant des symptômes associés à une détresse psychologique élevée a potentiellement attendu trop longtemps avant d’aller chercher de l’aide.

Catherine :

Pour ma part, j’invite souvent les gens à réfléchir sur les changements qu’ils observent chez eux ou les inconforts qui persistent depuis un certain moment :

  • Une augmentation ou une réduction de l’appétit;
  • Des habitudes de sommeil perturbées (insomnie, difficultés d’endormissement);
  • Des changements dans l’humeur;
  • Etc.

Je trouve utile de questionner les gens sur leur hygiène de vie pour soutenir leur réflexion quant au besoin d’aller consulter en psychothérapie. Il est important de partir de soi en repérant ce qui nous semble atypique ou incommodant pour nous-même. Ne plus se reconnaître par exemple, avoir une sensibilité à fleur de peau, se rendre compte qu’on pleure plus souvent qu’à l’habitude, surtout dans des situations plus faciles à gérer normalement. Ou encore se sentir plus irritable, avoir l’impression que notre mèche est beaucoup plus courte qu’à l’habitude. Ça demande une certaine capacité d’introspection.

Marie-Ève :

Je rebondis sur la notion d’introspection : il s’agit d’une autoanalyse de nos sentiments et de notre mode de fonctionnement. Cette aptitude n’est malheureusement pas renforcée dans notre société, puisqu’elle va à contre-courant de l’idée de toujours continuer sans s’arrêter.

Autre piste pour nous aider à déterminer s’il faut aller chercher de l’aide : porter attention à l’image que les gens de notre entourage nous renvoient de notre comportement. Par exemple, semblent-ils inquiets au sujet de notre niveau de fatigue? De notre charge de travail? De notre santé psychologique? Ce travail relève aussi des professionnels de la santé. Il n’est pas toujours suffisamment fait, pas suffisamment recommandé, et pourtant il fait partie du rôle du médecin de famille. Lorsqu’il nous ausculte, il devrait nous demander s’il y a eu des changements dans notre hygiène de vie.

Il y a des gens qui sont assez à l’aise avec le processus de psychothérapie pour l’entamer avant même l’apparition des premiers signes d’une grande détresse, notamment dans des contextes de rupture ou de deuil. Ces personnes ne se seraient pas nécessairement dirigées vers un état pathologique (soit répondant aux critères diagnostiques d’un trouble de santé mentale). Elles peuvent souhaiter consulter d’emblée pour rendre le processus plus facile et se sentir mieux outillées.

L'Appui : Et le besoin d’aide psychologique, plus spécifique, pour les proches aidants?

Catherine :

Au service Info-aidant de l’Appui, de nombreuses personnes proches aidantes rapportent se sentir isolées à la maison avec la personne dont elles prennent soin, encore plus depuis l’apparition de la COVID-19. Plusieurs ont alors tendance à délaisser leurs besoins au profit de ceux de la personne aidée. Malheureusement, dans un tel contexte, les proches aidants seront moins portés à être à l’écoute d’eux-mêmes, une des conditions qui nous permettent de déterminer si consulter un psychologue serait aidant.

Si l’entourage d’une personne n’est pas en mesure de lui refléter sa charge émotionnelle et ses changements de comportement et d’humeur, et que cette même personne n’a pas la disponibilité nécessaire pour s’autoanalyser, elle risque de rester dans une situation défavorable, bien que tous les signes de détresse soient là. Cette personne, comme bien d’autres, ne demandera du soutien qu’une fois rendue au bout du rouleau, alors que les symptômes seront de plus en plus présents, de plus en plus difficiles à supporter pour la personne qui souffre. Pourtant, une intervention précoce aurait permis d’offrir un soulagement plus rapidement.

L'Appui : Qu’est-il possible de faire pour mieux comprendre et désamorcer la détresse psychologique qui peut être vécue par les personnes proches aidantes?

Marie-Ève :

Si nous avons un conseil à donner, ça serait de prendre le temps de réfléchir à son rôle de proche aidant. De se demander :

  • Auprès de qui j’interviens en tant que proche aidant?
  • Quelle est mon histoire relationnelle avec mon proche?

Prenons l’exemple d’une personne proche aidante qui prend soin de ses parents. Pour certains, les rôles se renversent. L’enfant devient en quelque sorte le parent de son propre parent, ne serait-ce que pour certaines tâches. Cette personne peut alors se poser les questions suivantes :

  • Comment c’était avec mes parents lorsque j’étais enfant?
  • Est-ce que mes parents prenaient soin de moi, ou pas, et de quelle façon?
  • Qu’est-ce qui me motive dans mon rôle de proche aidant auprès de mes parents?
  • Est-ce que j’agis par culpabilité?
  • Est-ce par besoin d’être présent?
  • Est-ce parce que je suis une personne altruiste?

Plusieurs personnes proches aidantes se sentent très coupables de ne pas pouvoir répondre à tous les besoins de leurs parents, ces derniers ayant été très présents pour elles dans leur enfance. Différents scénarios de proche aidance font naître des émotions comme de la colère refoulée ou de la culpabilité face au renversement des rôles, des émotions qui peuvent affecter la relation aidant-aidé. La psychologie humaine est très complexe. Dans plusieurs cas de figure, on observe une implication, un don de soi démesuré par rapport aux capacités de la personne, ce qui peut mener à l’épuisement ou à la détresse émotionnelle. C’est pourquoi il est important de réfléchir à la manière dont la relation passée avec les parents vient teinter la façon dont les personnes proches aidantes interviennent, autant positivement que négativement.

Catherine :

Souvent, les proches aidants nous appellent lorsqu’il s’est produit un évènement qui provoque un épisode de détresse (une chute, une hospitalisation, etc.), ce qui les rend très présents dans l’ici et maintenant et ensuite très actifs dans la recherche de solutions pour régler la situation.

Tout ça peut les entraîner dans une spirale et les amener à se sentir à bout de souffle. Donc, comme le dit Marie-Ève, il est important de s’arrêter et de prendre le temps de se questionner, particulièrement sur son rôle de proche aidant dans le présent :

  • Qu’est-ce que ce rôle m’apporte de positif?
  • Est-ce que je me sens valorisé dans ce rôle? Si oui, comment?
  • Est-ce que je suis content d’être là pour mon parent, mon proche?
  • Est-ce que ça nous permet de passer de beaux moments ensemble?

On se permet aussi d’explorer ce qui est difficile dans tout ça :

  • Est-ce que c’est exigeant? De quelle façon?
  • Est-ce que je suis agacé, parce que le proche dont je prends soin ne fait que radoter? De quelle façon?
  • Est-ce que je trouve difficile que la maladie suive son cours et que je doive toujours me répéter?
  • Est-ce que je suis fatigué, parce que je travaille parallèlement à mon rôle d’aidant?

Il est essentiel de prendre une pause et de nous questionner. Où en sommes-nous? Dans quelle direction souhaitons-nous aller? Quelles sont nos limites? Nos limites ne seront pas toujours les mêmes, elles évolueront tout au long de notre vie. Il n’est pas toujours facile de les poser, mais ça permet de mieux nous orienter et de nous respecter.

L'Appui : Quelles sont les difficultés qui peuvent se manifester dans la recherche d’aide psychologique?

Catherine :

La recherche d’aide psychologique est une démarche très personnelle. Il est donc normal que certaines personnes éprouvent une certaine réticence à l’effectuer. Il est difficile de demander de l’aide. Il faut être solide pour aller chercher du soutien et explorer nos émotions. Accorder une juste place à nos émotions ne devrait pas être considéré comme une faiblesse. Ça fait partie de l’être humain.

Marie-Ève :

Il nous est arrivé d’entendre, notamment de la part de personnes aînées, qu’elles voudraient que le psychologue ait une expérience de vie similaire à la leur pour se sentir comprises. Bien que ça puisse être intéressant, il ne faut pas perdre de vue qu’aucune expérience ne peut être en tout point similaire à une autre. Le psychologue qui est face à la personne pourrait avoir, sur papier, un parcours de vie particulièrement proche du sien sans pour autant avoir vécu ses expériences de la même façon.

Catherine :

Il est important de laisser la chance au coureur, comme on dit. Il se peut que le professionnel consulté ne corresponde pas totalement à l’image attendue, par exemple en ce qui a trait à l’âge, le sexe, les expériences professionnelles, etc. Mais ça ne veut pas dire qu’il ne pourra pas offrir un soutien adéquat en lien avec nos besoins.

Marie-Ève :

Il demeure important de voir si nous nous sentons bien avec un psychologue pour nous exprimer et ouvrir des portes, tout en nous sentant accueilli, sans jugement. Cela dit, l’alliance thérapeutique a plus de chances de se former lorsque les a priori sur le psychologue souhaité sont mis de côté. Par exemple, un psychologue de 30 ans pourrait bien avoir été proche aidant de l’un de ses parents lorsqu’il avait 15 ans. Ce sont des informations auxquelles la personne qui consulte n’a pas accès et risque même de ne jamais connaître. Donc, il faut se permettre de rester ouvert.

Catherine :

J’ajouterais que ça fait partie du travail du psychologue d’aider la personne qui consulte à reconnaître ses besoins et d’offrir une réponse adéquate à ces derniers : besoin pour la personne proche aidante de se sentir reconnue dans son expérience et de savoir que quelqu’un est là pour l’accueillir et la comprendre. Cela peut se faire sans que le psychologue ait vécu ce que la personne qui consulte a vécu.

L'Appui : Est-ce que la psychothérapie est « confrontante »?

Marie-Ève :

Ce qui se passe dans la psychothérapie peut être comparé à une danse. C’est le rôle du psychologue de s’adapter au rythme de la personne qui consulte. Il ne s’agit donc pas d’emblée de grandes « confrontations » qui pourraient être souffrantes ou non indiquées pour la personne, comme une remise en question de grands enjeux existentiels ou des suggestions de restructuration de vie majeure.

La psychothérapie demande un engagement de la part de la personne qui consulte. Pour amener le changement, la « confrontation » deviendra inévitable. Par contre, c’est le rôle du psychologue d’ajuster le niveau de « confrontation » selon la capacité de la personne à la recevoir.

Catherine :

« Confronter » peut se limiter à souligner des comportements répétitifs ou aller jusqu’à mettre le doigt sur une émotion plus enfouie. La « confrontation » se joue à différents niveaux, selon différentes problématiques et différentes personnes.

L'Appui : Pourquoi la psychothérapie a-t-elle le potentiel d’être aussi bénéfique pour l’aidant que pour l’aidé?

Catherine :

L’exemple que j’ai en tête en est un qui survient fréquemment pendant les appels : le proche souffre d’une maladie neurodégénérative, comme la maladie d’Alzheimer. C’est difficile et exigeant pour la personne proche aidante parce que, souvent, comme mentionné plus tôt, un inversement des rôles a lieu. Pour certains aspects du moins, la personne proche aidante devient le parent de ses parents, de son conjoint ou de sa conjointe.

Ainsi, physiquement, le proche dont l’état de santé semble se détériorer est là, mais il a complètement changé. Il ne s’agit plus, sur certains aspects tout au moins, de la personne que nous connaissions. Notre lien avec une personne significative pour nous se transforme, alors qu’elle est toujours physiquement présente. C’est ce qui rend cette situation difficile à aborder en tant que personne proche aidante.

J’observe souvent, en tant que conseillère au service Info-aidant, que les gens s’autorisent très peu d’espace pour s’exprimer sur leurs difficultés associées aux changements et aux multiples refontes dans la relation avec leur proche. Pourtant, en parler peut faire beaucoup de bien. Mais ce n’est pas tout le monde qui a l’espace nécessaire, dans sa vie personnelle, pour exprimer toute cette gamme d’émotions. La psychothérapie peut offrir cet espace, tout en permettant une meilleure compréhension de son expérience émotionnelle et une reconnaissance de son rôle de proche aidant.

Marie-Ève :

En effet, la psychothérapie devient un moment que la personne s’accorde pour penser et travailler sur elle-même, car souvent dans la dyade aidant-aidé, l’aidant s’oublie. Donc, prendre ce temps-là va être bénéfique plus tard à la relation aidant-aidé. La personne proche aidante peut revenir auprès de son proche, soulagée d’une certaine tension émotionnelle qui aurait pu altérer la qualité de la relation.

Catherine :

Comme dans n’importe quelle relation, il peut y avoir des tensions qui subsistent. Avoir cet espace permet de ventiler et de revenir dans les meilleures dispositions possibles pour demeurer à l’affût tant de ses besoins d’aidant et que de ceux de l’aidé.

L'Appui : Le mot de la fin ?

Marie-Ève :

Je dirais qu’il est important de se laisser la chance d’exprimer ses émotions refoulées. Ça permet de passer à un autre registre émotionnel et d’éviter de se laisser submerger au quotidien par les émotions négatives. Ça fait du bien et ça permet d’aller travailler sur autre chose par la suite.

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