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Les rituels collectifs de deuil en temps de pandémie : pourquoi et comment?

Le 4 novembre 2020

Peut-on pratiquer les rituels collectifs de deuil malgré les règles de distanciation sociale? La réponse est oui et voici quelques pistes pour savoir comment faire.


Vivre un deuil est une étape difficile, peu importe le contexte. En période de pandémie, les rituels qui apportent normalement du réconfort deviennent plus compliqués. Comment dire adieu à nos proches et cheminer à travers le processus de deuil?

Pour y répondre, la Direction régionale de santé publique de Montréal a publié récemment un guide qui met en lumière les principes fondamentaux des rituels collectifs, tout en soulignant leur importance dans le contexte actuel. Ce guide a été élaboré en collaboration avec des spécialistes du domaine, dont notre conseiller d’Info-aidant Étienne Lajoie.

Que vous soyez dans la grande région de Montréal ou non, ce document très complet pourrait être utile à quiconque vit un deuil. Nous en résumons ici les points marquants.

Qu’est-ce qu’un rituel collectif de deuil?

Il s’agit, en tant que groupe à un niveau communautaire (un quartier, un milieu de soins, une organisation, une entreprise, etc.), de se réunir derrière une action concrète pour une commémoration sacrée des défunts. Le faire en temps de pandémie permet de reconnaître qu’il ne s’agit pas seulement d’une épreuve individuelle, mais bien collective.

L’importance des rituels collectifs de deuil

Le décès d'un proche provoque une souffrance tout à fait normale, mais celle-ci peut être extrêmement difficile à gérer pour la personne endeuillée en période de pandémie. Pourquoi? Parce que les facteurs tels que la mort soudaine, le nombre élevé de pertes en peu de temps, le manque de support social, l’interdiction dans certains cas d’assister aux derniers instants d’un être cher et l’absence de rite funéraire peuvent entraîner des conséquences graves comme une détresse psychologique intense et persistante pouvant interférer avec les relations interpersonnelles, le travail, les études ou d’autres zones de la vie d’une personne endeuillée.

En ce sens, la tenue d’un rituel collectif permet de :

  • Reconnaître le caractère collectif des pertes associées à la pandémie de COVID-19 et exprimer une responsabilité collective;
  • Contrer l’isolement et contribuer à la cohésion sociale;
  • Développer une résilience communautaire et revaloriser le pouvoir d’agir des communautés.

Les incontournables d’un rituel collectif de deuil

Pour assurer un impact positif chez les personnes endeuillées, voici ce dont tout groupe doit tenir compte dans l’élaboration de son rituel :

Avoir du sens

« Pour être adopté par un groupe, un rituel doit être investi de sens par ce dernier. » En effet, si la communauté influence la démarche et les objectifs du rituel, elle se sent plus engagée vers celui-ci. De plus, on doit s’assurer que la symbolique derrière la représentation choisie lors du rituel (une chandelle, des foulards, des poèmes, etc.) soit porteuse de sens pour le groupe. La signification doit donc être explicite tout en permettant aux individus de l’interpréter à leur manière.

Inclure des endeuillés ou des citoyens

Le rituel collectif de deuil résulte de la mobilisation d’un regroupement de personnes pour souligner les pertes subies. Il doit être le fruit d’une réflexion commune et créé à l’image des besoins du groupe.

Tenir compte de la diversité

On doit tenir compte du point de vue de différents individus, de leurs expériences et de l'ensemble de leurs forces tout en les réunissant autour d’objectifs communs. Cela permet des échanges stimulants et riches dans la préparation et la réalisation du rituel. « Le rituel collectif est le résultat d’une réflexion collective. »

Être visible

« La visibilité de l’événement peut contribuer à la résilience des endeuillés », puisque lorsque les sentiments sont validés et partagés par le plus grand nombre, les personnes endeuillées peuvent plus facilement cheminer à travers le processus de deuil.

Demander une présence physique et une participation active

La présence physique permet de concrétiser le soutien social envers les personnes endeuillées. En partageant ensemble leurs émotions, elles prennent conscience de leur appartenance à la collectivité et profitent de l’énergie qui émane du groupe. Les endeuillés savent souvent qu’ils ne sont pas seuls à vivre des moments difficiles, mais lors d’un rituel en présence les uns des autres, ils en prennent pleinement conscience. Ces actions permettent de renforcer leurs engagements et leur appartenance au groupe.

À noter qu’au moment d’écrire ces lignes, dans les régions en alerte maximale (zones rouges) un maximum de 25 personnes à la fois est autorisé dans les lieux de culte et lors de funérailles. Les mesures varient selon les paliers d’alerte.

Être simple, sobre et parfois silencieux

On doit laisser place aux émotions et au sacré de l'événement. On doit aussi respecter les moments de silence : « ils aident à intégrer ce qui s’y ressent et sont des moments charnières entre les différentes étapes. » En outre, le fait que l’événement soit structuré peut procurer un certain sentiment de sécurité important pour les personnes endeuillées.

En bref, ce que l’on souhaite permettre par les rituels :

  • Faire ses adieux aux défunts, leur rendre hommage et reconnaître la perte et les émotions associées;
  • Marquer une transition et contribuer à la gestion des changements;
  • Soutenir les personnes endeuillées;
  • Nourrir le sentiment d’appartenance à la collectivité;
  • Être en lien avec ce qui nous dépasse et donner un sens au vécu.

Quelques exemples concrets et inspirants

Dans le quartier du Sud-Ouest-Verdun à Montréal, les personnes endeuillées qui le voulaient bien ont pu participer à un projet qui consistait à tricoter selon leurs goûts une pièce 12 po x 24 po destinée ensuite à être assemblée à d’autres morceaux. Le but : en faire le foulard de la mémoire qui souligne les êtres chers perdus en raison de la COVID-19. Chaque pièce représente effectivement une personne chère qui a succombé au virus.

Des projections de créations artistiques lumineuses sur des murs extérieurs ont été organisées dans plusieurs quartiers montréalais. Les citoyens ont pu alors se réunir dans le respect des règles de distanciation sociale afin de souligner collectivement leur perte.

Des centres de soins ont créé, entre autres, des recueils de souvenirs qui contiennent des anecdotes sur les personnes perdues. Les écrits ont été réalisés autant par des patients que des membres du corps médical et des cérémonies commémoratives ont eu lieu.

Ressources

Ligne d’écoute Tel-Écoute/Tel-Aînés : 1888 LE DEUIL (1 888 533-3845)

Guide pour les personnes endeuillées en période de pandémie, Formations Monbourquette sur le deuil PRAXIS - Centre de développement professionnel Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal, avril 2020.

Liste de ressources en téléaccompagnement pour les personnes endeuillées, Formations Monbourquette sur le deuil

J'accompagne Covid-19
Une communauté virtuelle de soutien aux proches-aidant.es et endeuillé.es en période de confinement, afin de briser l'isolement, offrir les ressources adaptées et créer un espace de partage.

Van Pevenage C. et Van Pevenage, I. (2020). Cartographie des facteurs influençant l’expérience des proches face aux pertes. Un outil pour repérer et agir en conséquence. Centre de recherche et d’expertise en gérontologie sociale du CIUSSS Centre-Ouest-de-l’Île-deMontréal.

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