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Reconnaître les personnes proches aidantes de la communauté LGBT

Le 25 mars 2019

Julien Rougerie, chargé de projet pour la Fondation Émergence, nous explique quels sont les enjeux et les difficultés que rencontrent encore aujourd’hui les aînés et les personnes proches aidantes de la communauté LGBT au Québec.


Est-ce que la reconnaissance de la proche aidance et de ses enjeux a toujours été dans vos préoccupations?

Effectivement, la reconnaissance des proches des personnes Lesbiennes, Gais, Bisexuels, Transgenres (LGBT), et donc des personnes proches aidantes, a toujours été incluse dans nos actions. C’est d’ailleurs un point essentiel de la mission officielle de la Fondation Émergence. La proche aidance est une réalité d’autant plus importante que les personnes aînées LGBT ont souvent rompu les liens avec leur famille, notamment lorsque cette dernière n’accepte pas leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Elles ont alors remplacé le soutien familial par leur réseau d’amis, ou leur « famille choisie ». C’est cette famille choisie qui constitue souvent la principale source d’appui. Ce sont des personnes proches aidantes.

 

Actuellement, vous rassemblez les données recueillies lors d’entrevues menées auprès de cinq personnes proches aidantes LGBT. Quels ont été les thèmes abordés?

Nous avons bien sûr parlé de leur rôle et de leur parcours en tant que personne proche aidante. Nous leur avons demandé si elles connaissaient les ressources d’aide et si elles les avaient utilisées. Plus précisément, nous leur avons demandé si elles avaient observé des changements dans leurs relations interpersonnelles et sociales. Nous avons aussi voulu observer quels étaient les impacts - selon elles - de leur orientation sexuelle et de leur identité de genre sur leur situation de personne proche aidante.

 

Pensez-vous que leurs réponses sont représentatives de la majorité?

Oui, car même si le nombre de personnes interrogées est restreint, leur profil correspond à ce que nous avons pu recenser à travers les études sur les personnes proches aidantes LGBT. En général, elles font partie de la famille choisie et ne se reconnaissent pas comme personnes proches aidantes. Par ailleurs, leur identité LGBT, ou celle de la personne aidée, constitue souvent un frein pour bénéficier de certains services. C’est ce que nous observons dans notre panel. Les personnes proches aidantes prodiguent également de nombreux soins et services elles-mêmes. Elles craignent d’utiliser les ressources en place, qui ne sont pas toujours perçues comme accueillantes ou adaptées à leur réalité ou à celle de la personne aidée.

 

Quels sont les principaux facteurs qui freinent les personnes proches aidantes de la communauté LGBT dans l’utilisation des ressources existantes?

Le milieu de la santé et des services sociaux demeure majoritairement hétéronormatif * et n’est pas nécessairement adapté aux réalités LGBT. Par exemple, les intervenants vont considérer qu’une personne aînée est forcément hétérosexuelle par défaut et que la personne proche aidante est un membre de la famille. Parfois, cette approche se retrouve même dans des formulaires à remplir. Ces situations provoquent un malaise et une réticence de la personne aînée à évoquer son identité LGBT, qui peut aller jusqu’à éviter les services qui lui sont offerts. De leur côté, les personnes proches aidantes, souhaitant épargner à la personne aînée tout stress ou situation potentiellement inconfortable, vont ainsi assurer eux-mêmes un maximum de services. Il y a alors un risque accru de surmenage.

*L’hétéronormativité suppose l’hétérosexualité comme la norme. Cette croyance, qui repose sur la notion de la norme de la majorité, est souvent à l’origine de l’homophobie.

 

Quelles seraient les actions à mettre en place pour que la prise en charge des personnes aînées LGBT et de leurs proches se fasse plus facilement et plus respectueusement?

La sensibilisation de ceux qui proposent des services aux aînés et aux personnes proches aidantes est essentielle. C’est ce que nous offrons avec le programme « Pour que vieillir soit gai », à travers nos formations et nos outils de sensibilisation, comme nos guides, nos affiches et notre Charte de la bientraitance envers les personnes aînées lesbiennes, gaies, bisexuelles et trans. L’idée est d’aider les intervenants à adapter leur approche envers les personnes aînées LGBT, afin de mieux répondre à leurs besoins et, par le fait même, à ceux des personnes proches aidantes qui les accompagnent.

Nous travaillons aussi à la conception d’un nouveau programme destiné aux personnes proches aidantes LGBT, car ces dernières ne se reconnaissent souvent pas comme telles, ce qui les empêche de recourir aux services dont elles pourraient avoir besoin.

 

Présentation

Depuis deux ans, Julien Rougerie est chargé de projet pour la Fondation Émergence, qui a pour mission d’éduquer, d’informer et de sensibiliser la population aux réalités des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentitaires (LGBT). Il est notamment responsable du programme de sensibilisation « Pour que vieillir soit gai », destiné aux institutions et aux fournisseurs de services aux personnes aînées.