«Oui, je suis une proche aidante»
10 mai 2012 | L'Appui- Estrie
«Il m'en a fallu du temps pour réaliser que j'étais proche aidante depuis des années et que j'avais besoin d'aide. Je l'ai d’abord été pour chacun de mes parents, à la fin de leur vie, alors que j'étais moi-même sur le marché du travail et que je devais parfois m'absenter, au grand dam de mon patron. Voyager très fréquemment de Sherbrooke vers Montréal pour soutenir psychologiquement et physiquement mes parents était très absorbant. Une chance qu'un de mes frères, récemment à la retraite, a pris le relais dans les derniers moments avec mon père...
Puis, s'est enclenché une deuxième phase dans mon parcours de proche aidante. Mon conjoint, malade du cœur et des poumons, me demandait plus de temps alors que je travaillais encore. L'inquiétude au quotidien s'est insidieusement infiltrée en mon for intérieur et, au bout de quatre ans, j'ai hâté ma prise de retraite, car toutes les tâches m'incombaient. Je ne mesurais pas alors le stress que je ressentais et c'est ainsi qu'après dix années, je me suis inscrite à un groupe de soutien. Pourtant auparavant, j'avais eu une certaine intuition en organisant pour le groupe des retraités une session nommée « Coup de main » portant sur des moyens, pour les proches aidants, d'éviter l'épuisement... Enfin, j'avais lâché prise et je consacrais du temps à moi et non aux autres. Aujourd’hui, mon cheminement n'est pas fini; je dois continuer à lâcher prise vis-à-vis la maladie de mon conjoint et l'inéluctable..., vis-à-vis la peur de souffrir, la peur de perdre et la solitude. Oui, j’ai encore beaucoup de chemin à parcourir!
Vivre des deuils en série, un peu tous les jours parfois, reprendre espoir et oublier la maladie et souhaiter qu'elle disparaisse et revivre les affres de l'inquiétude dans une rechute, c'est mon lot quotidien maintenant. Mais tout n'est pas noir. Partager ces remontées, voir des sourires, rire ensemble de petits riens, discuter ensemble, lire, écouter de la musique, recevoir en cadeau la présence d'amies et de membres de la famille, faire des sorties de détente, rouler en voiture parce qu'il aime ça... Apprendre à voir toutes les petites joies tisse une toile de soutien.
Du soutien, on en a besoin au niveau psychologique. On a aussi besoin d'informations sur la maladie et sur les ressources et les services nécessaires auxquels on peut s'adresser. On a besoin de répit pour apprendre à lâcher prise, pour pouvoir dire « ouf », pour se recentrer et continuer sans s'épuiser. On a aussi besoin de sentir qu’on existe en tant que personne et non seulement comme l'aidante de quelqu'un. En cela, je sais que l'APPUI Estrie organise un lieu, un lien afin de diriger les proches aidants vers des organismes qui combleront ces besoins. Pour cela, il faut continuer à donner une voix aux personnes pour qui cet organisme a été mis sur pied et ne jamais les oublier, c’est-à-dire les proches aidants.»
Chantal, proche aidante
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